muriel pénicaud

Depuis le 1er janvier 2012, la date de la fin de la dispense de recherche d’emploi, les seniors sont soumis aux mêmes obligations que les autres profils de demandeurs. La suppression de ce régime de tolérance fait que les plus âgés encourent des sanctions s’ils ne se présentent pas à une convocation ou s’ils refusent à deux reprises une offre raisonnable d’emploi.

La disparition de ce dispositif, associée à la hausse de l’âge minimal de départ à la retraite, est à l’origine de nombreux incidents en France. Mais, concrètement, dans le secteur de l’emploi, quels ont été les véritables impacts de cette abrogation sur le chômage ?

Une forte augmentation du nombre de chômeurs de plus de 50 ans

Selon le rapport publié par la Cour des Comptes, le chômage, dans le cas des seniors, s’est nettement accru ces dernières années. Les analyses montrent que la situation s’est aggravé depuis l’annonce de la fin la dispense de recherche d’emploi. Les réformes des retraites (sur l’âge moyen de départ à la retraite) adoptées après la suppression de ce régime n’ont fait que renforcer la tendance.

En 2019, plus d’un tiers des demandeurs d’emploi de 50 ans ou plus sont en situation de chômage depuis plus de 2 ans. Le taux est de 37,8 % alors qu’il est de 22,3 % tous profils confondus. Selon les experts, le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a pratiquement été multiplié par trois. Les dernières statistiques révèlent qu’ils sont aujourd’hui plus de 916.000 à être dans cette situation chez Pôle emploi.

La recherche d’emploi demeure un véritable problème pour les personnes âgées. La réticence des entreprises à embaucher les seniors fait que le taux de retour à l’emploi est limité à 50 % à 50 ans et qu’il chute brutalement à 30 % à 58 ans. L’indice atteint même le seuil des 20 % dans le cas des demandeurs d’emploi de 60 ans. Actuellement, selon les chiffres, près d’une personne non retraitée de 61 ans sur quatre serait en situation d’inactivité.

Une hausse continue des dépenses d’allocations chômage et de minimas sociaux

Le rapport publié par la Cour des Comptes montre également que les dépenses d’allocations chômage et de minimas sociaux ont largement augmenté. Au début de l’année 2018, le coût des charges s’élevait à plus de 700 millions d’euros au titre de la solidarité nationale et près de 800 millions pour le régime d’assurance chômage. Ce qui fait un total de plus de 1,5 milliard d’euros par an.

Et la tendance n’est pas encore prête de s’améliorer. En 2019, l’indice du RSA versé aux 60-64 ans a bondi de +157 %. La part des séniors appartenant à cette catégorie a grandement progressé aussi bien en termes d’effectifs que de montants alloués.

Un renforcement accru du dispositif de contrôle des chômeurs

Depuis l’abrogation de la dispense de recherche d’emploi, la forte tendance haussière du chômage a poussé l’État à renforcer le contrôle des chômeurs. Les dispositions adoptées dans le cadre du « Projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel » vont particulièrement dans ce sens.
Le futur décret concernant l’utilisation d’un journal de bord numérique, permettant au demandeur d’emploi et à son conseiller de suivre sa recherche d’emploi, est un exemple assez révélateur.

L’objectif, du côté du législateur, est avant tout de parvenir à établir des modalités de contrôle et la notion d’offre raisonnable d’emploi. Concrètement, la loi a pour but d’endiguer l’augmentation du nombre de chômeurs grâce à l’assurance-chômage, mais également à des dispositifs d’apprentissage et de formation.
Ainsi, pour favoriser l’emploi des seniors, un bonus-malus sur les cotisations d’assurance-chômage des entreprises pourrait être mis en place.

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